Denis Bonzy

Crise : une génération à sacrifier pour cause de vertu perdue

François Trahan est Vice-Président de Wolfe Trahan and Co. Il est l'un des plus lucides analystes des phénomènes économiques. Il a prévu la quasi-totalité des bulles des dernières années. Il incarne la primauté de l'analyse par les fondamentaux. Que dit-il aujourd'hui face à la crise ? Il faudra une génération pour que les bonnes tendances ne repartent à la hausse. Parce qu'il faudra une génération pour purger les abus des dernières décennies.

Les dernières décennies ont perdu la vertu du respect de fondamentaux. Même en pleine crise,


c'est encore le cas aujourd'hui à l'exemple des stress-tests. En juillet, les banques passent avec succès les stress-tests mais elles sont toutes en crise en … septembre. Pourquoi ? Parce que les stress-tests ont des critères trop peu exigeants. Dans la foulée des "stress-tests" pourtant "réussis", la quasi-totalité des banques européennes ont vu leurs notes … dégradées.

Parmi les vertus perdues : la vérité des chiffres. La quasi-totalité des chiffres ne recouvrent plus la réalité des faits. Et Trahan de démontrer que le véritable taux de chômage aux Etats-Unis est actuellement de plus de 16, 5 % alors que l'indice officiel est à … 9 %. Comment relancer une économie par la consommation quand le taux de chômage est à plus de 16 % ? Impossible.

Les budgets publics reposent sur des recettes fausses car fondées sur des taux de croissance toujours beaucoup surestimés. Donc les déficits se creusent puisque les recettes inscrites lors des budgets sont pour partie … fictives.

C'est ce ras le bol généralisé face au règne des mensonges qui explique, selon lui, l'état de grogne actuel à l'exemple du mouvement Occupy Wall Street.

Face à une telle analyse, il ne s'agit pas de sombrer dans la morosité. Mais de considérer que le besoin de vérité n'a jamais été aussi grand.

Les structures publiques qui devraient être des outils de relance sont devenues des agents de ralentissement économique. Elles ne peuvent plus augmenter la fiscalité qui globalement a atteint des records et elles ne peuvent plus emprunter car là aussi les records sont battus. Elles vont être confrontées à une longue et incontournable cure d'austérité. La reprise ne sera là qu'au rendez-vous de l'assainissement de leurs situations financières. Il faudra une très longue période tant cette situation est gravement détériorée. Plus les mesures tardent, plus la reprise s'éloigne.

Sous cet angle, le débat politique français actuel est particulièrement irresponsable quand on constate que les derniers jours de la primaire PS portent sur des "batailles de mots" (gauche molle, candidat du système …) alors même que la seule bataille utile est celle des faits et des mesures pour installer la vertu qui n'aurait jamais dûe être abandonnée dans la qualité de la gestion.

La droite UMP s'associe à ce triste climat quand elle considère comme "prioritaire" de savoir si le score de participation est un score ou si un pacte secret lie Copé et Fillon pour la municipale de Paris.

Combien de temps encore les citoyens vont-ils accepter d'être les éternels payeurs pour de telles manoeuvres aussi éloignées des véritables priorités ?

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