Denis Bonzy

Scandales, affaires : l’exigence nouvelle de morale

Péguy avait une formule pleine de bon sens : "tout est politique aux politiciens. Tout est morale aux honnêtes gens". En peu de mots, cette formule résume le fossé entre la culture des uns et l'état d'esprit des autres. L'affaire Christine Lagarde le démontre de façon caricaturale.

1) Il importe d'abord de revenir à des faits simples. Ce n'est pas parce que Christine Lagarde est visée par une enquête pénale qu'elle sera jugée coupable à l'issue. Ce qui est sûr, c'est que, s'il n'y avait rien dans le dossier, il est très peu probable que cette enquête aurait été engagée dans de telles circonstances. Par conséquent, tout dépendra de l'interprétation de certaines données qui sont dans le dossier et qui, à ce jour, ont justifié de l'ouverture d'une instruction pour des accusations graves.Lagarde 17 07 09

2) Une procédure d'autant plus grave qu'elle concerne une personnalité au cursus remarquable qui vient d'accéder à une fonction internationale de première importance et à l'issue de semaines particulièrement extravagantes avec l'affaire DSK. La presse internationale ce matin fait ses unes sur le "profil atypique" des personnalités choisies par la France pour certaines fonctions internationales …

3) Bien entendu, cette même presse pose la question de la démission. Quand l'étape de l'engagement d'une procédure pénale a été franchie pour des manquements graves, la démission devrait aller de soi dans les heures qui suivent l'engagement de la procédure pénale. C'est la seule façon pour établir trois principes :

– celui de la nécessité de séparer de façon totalement étanche l'exercice à plein temps de fonctions publiques et le temps consacré à la défense de l'intéressé,

– celui de la sérénité d'une procédure de justice qui doit échapper à des formes toujours inquiétantes d'éventuelle instrumentalisation. La procédure "sereine" doit rester à l'écart des rumeurs comme des clameurs, selon la formule habituelle. Le retrait des fonctions publiques apaise et contribue à ramener de la sérénité,

– celui d'explications publiques permanentes et générales. La seule façon pour combattre les rumeurs, c'est la transparence absolue et non pas la détestable "manoeuvre des fuites partielles organisées". C'est une transparence d'autant plus nécessaire que ce qui est en jeu ce n'est pas un choix de gouvernement mais de culture de gouvernance entre un décideur public et un ancien Ministre de François Mitterrand, Bernard Tapie. Si les deniers publics n'ont pas été utilisés avec l'éthique et la rigueur indispensables, l'opinion jugera très sévèrement de telles turpitudes.

Les députés PS ont eu raison de veiller à ce que toute la transparence soit faite. Cette démarche dénote une exigence nouvelle de morale. En temps de crise tout particulièrement, c'est un choix sain. Les deniers publics doivent être respectés à l'euro près sans le moindre favoritisme. En saisissant la Justice, ils ont voulu démontrer qu'ils entendaient que le dossier soit traité avec rigueur en dehors des seules polémiques politiciennes. C'est un état d'esprit qu'il importe de saluer et qui devrait s'appliquer à beaucoup plus de dossiers "délicats" où les deniers publics ne sont pas respectés comme ils le méritent.

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