L'actuel débat sur le projet de péage pour rendre payant le fait d'entrer et de sortir de Grenoble s'engage, une fois de plus, dans des conditions techniques irréelles. C'est un mauvais projet qui montre aussi la faiblesse du débat de fond dans l'agglomération grenobloise.
Sans la moindre polémique politique, 5 erreurs graves ont été commises ces dernières années :
1) Le nombre des personnels publics a explosé. La Métro est devenue une administration de plus. La Ville de Grenoble a ouvert les vannes des recrutements. Seul le Conseil général de l'Isère sous l'autorité d'André Vallini a témoigné l'effort de maintenir le volume du fonctionnement. Donc aujourd'hui, deux collectivités essentielles (Métro et Ville) n'ont plus les moyens financiers pour porter de grands investissements. Il leur faut donc trouver une recette de plus. C'est la raison d'être de ce projet de péage.
2) Les voies publiques étant déjà saturées, comment comprendre des localisations comme celles de Minatec ou du Grand Stade notamment qui amènent du trafic dans la Ville ? Quand il y a la volonté de décongestionner un territoire, la mesure de base consiste à ne pas y installer des équipements privés ou publics susceptibles de générer du trafic supplémentaire.
3) Non seulement des équipements nouveaux ont été installés dans la Ville de Grenoble mais aucun transfert d'équipements est intervenu de Grenoble à l'extérieur de cette Ville. Un plan pluriannuel des lycées aurait été opportun avec des délocalisations correspondant à l'évolution des populations périurbaines.
4) Comment expliquer ces situations ? Le dualisme entre Grenoble et la Métro est l'un des facteurs de ces situations. Ce dualisme répond exclusivement à l'origine à des facteurs politiques. La Métro s'est installée comme organisme de mutualisation financière. La Ville de Grenoble n'a pu gérer au sein de l'agglo que son territoire. C'est une erreur majeure. D'ailleurs, ce dualisme est l'exception. Dans les autres agglos, il n'existe pas. Il ne faut pas faire nécessairement comme les autres mais tous les autres n'ont pas nécessairement tort.
En réalité, deux occasions ont été manquées. D'une part, par l'unicité de pouvoir entre la Métro et la Ville de Grenoble, il aurait été alors possible structurer l'agglo de façon cohérente autour de sa capitale naturelle. D'autre part, il était nécessaire d'étendre le territoire de Grenoble sur le bas Grésivaudan en adjoignant notamment La Tronche et Meylan à la Ville de Grenoble et en les transformant en sections de Communes de ladite Ville. C'est le seul moyen pour donner à Grenoble la taille des villes modernes et lui redonner du foncier disponible pour mieux organiser les activités.
5) Sur ces bases nouvelles, la relance du sillon alpin est le seul moyen pour organiser autour de Grenoble un espace inter-départemental dynamique dans le temps. Cette relance supposait notamment une candidature commune avec Annecy pour les JO 2018 et aurait constitué un premier message fort d'unité d'avenir.
Le péage n'est qu'une fuite en avant financière à l'opposé de mesures structurantes de ce type. C'est la recette de plus pour des collectivités qui n'ont plus les moyens financiers de grands travaux.
Denis Bonzy
Ancien Président de l'Agence d'Urbanisme de l'Agglomération Grenobloise
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