Denis Bonzy

Lycée Mounier de Grenoble : le retour des citoyens ou le défi de la date de fraîcheur

La vedette centrale du Forum Libération n’a été ni parmi les invitants ni parmi les invités mais parmi les improvisés : les défenseurs du Lycée Mounier de Grenoble menacé de fermeture par décision de JJ Queyranne, Président PS de la Région Rhône-Alpes.

Pourquoi ont-ils réussi cet exploit ? Parce qu’ils ont cassé les premières barrières qui font de la démocratie française une « autorité douce » mais finalement tellement brutale.

Cette « autorité douce » est parvenue à installer des repères dits de bon sens mais qui éloignent tellement des fondamentaux de toute démocratie. Quelques exemples :

– la formule « on ne va pas céder à la rue » : bien sûr, encore faut-il apprécier la « composition de la rue » mais quand la rue est composée d’un grand nombre représentatif, cette formule ne signifie-t-elle pas tout simplement qu’il n’est plus question d’une « démocratie » sans le peuple mais contre le peuple,

– le mot « populisme » : s’exprimer comme le peuple deviendrait du « populisme », sorte de gros mot moderne ayant vocation à culpabiliser dans l’emploi d’une idée. C’est le retour à l’analyse d’André Tardieu qui, dès 1937, dénonçait dans un ouvrage remarquable « la profession parlementaire » comment des élus dépossédaient le peuple en s’appropriant la fonction de représentation,

– la confusion des pouvoirs et l’inversion de la pyramide : en janvier 2009, en pleine crise financière, la mode fut à la suppression ou à la limitation des frais de « nouvel an ». Cette idée a été mise à la poubelle mais si les invités boudaient pour ne pas cautionner des dépenses éphémères et somptuaires de ce type. Le « golden parachute » est-il réservé au CAC 40 ? Pas sûr à entendre des commentaires actuels sur une « indemnité de départ » dans un important syndicat intercommunal local … Et si les syndicats qui auraient dénoncé une « affaire de droite » ne gardaient pas le silence devant une « tolérance de gauche » …

Tous ces exemples parmi tant d’autres montrent que le véritable défi est la date de fraîcheur de l’esprit d’un mouvement. Il ne peut y avoir de retour des citoyens que s’ils se libérent des carcans que le système a construit avec beaucoup d’intelligence pour les conduire à la docilité et à la soumission.

C’est d’ailleurs étonnant de constater que dans cette société qui cultive tant l’apparence du jeunisme, elle s’éloigne tant de l’esprit de la fraîcheur, un paradoxe de plus. Longtemps encore ?

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