Denis Bonzy

La trahison des élites

En 1927, puis réédité en 1946, un ouvrage de Julien Benda avait évoqué "la trahison des clercs".

Il dénonçait les conditions dans lesquelles les intellectuels avaient abandonné leur devoir de vérité par souci partisan, matériel ou autre.

C'est l'actuel climat dans l'opinion. Mais le reproche est bien plus largement effectué à l'ensemble des élites. Ségolène Royal vient de prendre cette vague en utilisant la "nécessité de rendre le pouvoir au peuple". A quelques mots près, elle reprend d'ailleurs le slogane d'une vieille affiche de Mitterrand datant de 1965 où il évoquait "prendre le pouvoir pour vous le rendre" …

Bon nombre des crises de ce type montrent que ces périodes voient souvent


un ex-membre des desdites élites parvenir à capitaliser ce mouvement à la condition d'être parmi les premiers à l'amorcer et à la condition surtout de trouver les termes pour faire oublier l'appartenance passée aux "ennemis du moment".

Est-ce ce mouvement qu'engage Ségolène Royal ?

C'est prématuré pour le dire.

Ce qui est acquis, c'est que ce territoire est encore libre et qu'il devrait être le "territoire du vote 2012" : la course au peuple.

Dominique de Villepin rassemble beaucoup de critères pour l'occuper dont son ancrage de "rebelle" acquis par son discours de l'ONU mais aussi sa capacité par tempérament à incarner des "cris" qui correspondent bien à des circonstances de ce type. Depuis plusieurs semaines, il donne le sentiment de s'éloigner de ce créneau.

Sera-t-il occupé par Ségolène Royal et est-il de nature à lui donner le rebond nécessaire ?

Il lui faut désormais trouver les axes concrets pour montrer qu'au-delà de la formule, cette priorité est un véritable axe de campagne.

Il y a peu de cohérence avec deux autres de ses ancrages dans le même moment :
– la référence récente à François Mitterrand comme "modèle" parce que Mitterrand a incarné une monarchie républicaine particulièrement coupée du peuple comme singulièrement coupée des vérités au cours de mandats où les mensonges privés et publics ont été légions,
– la logique de la primaire socialiste qui va la contraindre à ne pas contester des dogmes dont la place du secteur public et de ses agents.

Il reste donc à suivre les prochaines étapes. Le créneau de la "trahison des élites" semble désormais ouvert pas seulement par des candidats protestaires caricaturaux.

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