Denis Bonzy

Les nouvelles bastilles

Il y a toujours la révolution de l'esprit avant l'esprit de la révolution. La Tunisie vient de vérifier cette règle.

La révolution de l'esprit, c'est d'abord l'affirmation de soi. C'est une place nouvelle reconnue au non. Apprendre à dire non est souvent un long apprentissage. C'est réaliser que, face à une réalité, d'autres chemins sont possibles, nécessaires, indispensables.

La crise économique accélère cette affirmation de soi parce qu'elle creuse les inégalités, parce qu'elle exige


une exemplarité hors du commun de la part des pouvoirs, parce qu'elle éprouve les niveaux de vie. Chaque fois que ces enjeux sont pas ou mal traités, la révolution de l'esprit avance. La suite c'est uniquement un enjeu de calendrier de passage à l'acte.

La France n'est pas éloignée de cet état d'esprit.

La télévision d'Etat y assène aussi une vérité bien partiale. Force est d'ailleurs de constater avec l'exemple tunisien combien la grille de lecture peut changer en quelques heures sur la nature d'un régime.

La caste d'Etat semble échapper à la règle commune. Elle est protégée, irresponsable comme le montrent y compris les dernières décisions sur les services publics face aux chutes de neige. Elle échappe à la crise sans pour autant prendre le soin d'incarner une forme d'exemplarité.

Le niveau de vie est considérablement impacté par des dépenses courantes à l'exemple de l'essence, donc l'appauvrissement collectif progresse. L'ascenseur social n'est plus en panne. Il descend systématiquement au garage. C'est par exemple le cas des jeunes et de leur premier emploi où parfois ils sont payés une misère alors même qu'ils ont une formation de qualité.

C'est le développement de décisions à la carte. Pour avoir un logement en Tunisie, il semble qu'il fallait payer. En France, la clef ne semble pas être l'argent dans le parc public mais l'opinion parce que le clientélisme de proximité est si souvent installé. Est-ce fondamentalement une différence ou n'est-ce pas qu'un outil autre de contournement d'une règle donc une injustice grave ?

La liste pourrait être longue des nouvelles bastilles que l'opinion veut maintenant prendre.

Un jour, même la plus belle expression ne peut rendre belle un comportement. Ce jour est arrivé pour la politique française. C'est la raison de la poussée historique des extrêmes, des protestataires, du pessimisme.

Ces évènements mériteraient une autre interprétation. Il n'est pas sûr qu'ils soient très éloignés d'un début de révolution des esprits qui ont franchi les premières étapes de l'affirmation d'une autre politique ?

 

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