La loi dite du cadenas a été votée en mars 1937 au Québec pour résister contre la propagande communiste. Toute habitation mise à disposition de cette idéologie pouvait être fermée. Il a fallu attendre 1957 pour que la Cour Suprême du Canada déclare l'anticonstitutionnalité de cette loi.
Sans existence formelle, cette loi du cadenas est culturellement très présente dans la vie politique française mais elle concerne une valeur considérablement plus importante que l'idéologie communiste : la place de la vérité dans la vie publique.
Dans l'accord en négociation entre la Mairie de Paris, l'UMP et J. Chirac, c'est le côté le plus dérangeant de cet arrangement.
Qu'un ancien Chef d'Etat âgé ne soit pas traîné devant les tribunaux pour répondre de faits délictueux peut se comprendre. Cet état d'esprit et la maladie avaient protégé François Mitterrand en son temps.
Mais encore faut-il quand même respecter certaines formes dont le fait de tirer les conséquences pratiques de cette situation pour qu'elle ne se renouvelle pas. Ce qui n'est pas fait en l'espèce. Si le Président n'est plus poursuivi de fait après son mandat "par respect pour l'Histoire", il faut qu'il puisse être poursuivi pendant son mandat par respect pour l'égalité devant la Justice.
S'il est considéré que le Président ne peut pas être jugé quand il a franchi un "certain âge", c'est pour reconnaître qu'il peut être responsable pendant son mandat. Sinon, c'est installer une impunité de fait.
S'il est considéré que l'argent pourrait exceptionnellement effacer une "faute pénale", pourquoi ne pas ouvrir un fonds privé exceptionnel où seuls les volontaires participeraient ? L'UMP a une part considérable de son financement qui provient de l'argent public. Est-ce normal que les "contribuables" effacent l'ardoise que d'autres contribuables locaux avaient déjà … "honorée" ?
Mais surtout, c'est là où la loi du cadenas s'applique de façon inacceptable : c'est pour étouffer la vérité. A titre personnel, j'ai beaucoup apprécié Jacques Chirac … quand il était dans l'opposition entre 1981 et 1995. Quand il fut au pouvoir, mon appréciation fut vite considérablement plus nuancée parce qu'il donnait le sentiment de ne rien régler, d'accepter un immobilisme handicapant à terme.
Mais surtout, cet immobilisme existait parfois au prix d'hypocrisies indignes à l'exemple du financement de la vie politique française. Or, la confiance dans un responsable politique devrait être proportionnelle à sa volonté de respecter la vérité. La pire faute dans une démocratie est à mes yeux le mensonge parce que c'est volontairement trahir la confiance donnée.
La politique est humaine donc elle comprend des erreurs, des fautes. Lorsqu'elle comprend des mensonges, c'est la démocratie qui est en cause.
Dans ce dossier, si Chirac a dit la vérité, il n'a donc rien à craindre de la Justice et il n'y a donc pas d'espace pour un accord.
S'il n'a pas dit la vérité, cet arrangement est le plus mauvais service qu'il puisse rendre au pays et à lui-même puisque le mensonge permet de ne pas règler un dossier sérieux et surtout il montre que face à la vérité il y a un recul difficilement compréhensible à cet âge et après avoir assumé de telles responsabilités.
Il va ne pas perdre comme ancien président mais il ne gagne pas comme "homme de tous les jours" qui aurait respecté l'opinion en disant toute la vérité pour faire avancer un dispositif qui n'a jamais été digne d'une démocratie et dont il est à craindre qu'il se perpétue encore ?
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