Le débat politique français se déroule actuellement dans un climat totalement irréel.
Quatre records ont été battus :
– réduire les difficultés du moment aux seules questions d'insécurité,
– réduire les questions d'insécurité aux relations avec deux ou trois communautés,
– réduire les solutions à l'insécurité au fait d'expulser une partie très faible des membres desdites communautés,
– et quatrième record : parvenir à organiser la totalité du débat sur des bases aussi irréelles.
Chaque record est un exploit. En effet, qui peut sérieusement prétendre que l'insécurité serait la difficulté du moment plus que le chômage, davantage que la récession économique durablement installée ou encore que l'ampleur des déficits publics ?
Personne ne peut sérieusement défendre une telle position tant elle est déconnectée de la réalité des faits.
Il en est de même du second dossier : qui peut sérieusement prétendre que l'insécurité serait liée aux conditions de vie de deux ou trois communautés ? C'est une réalité bien plus globale qui met en question des valeurs tellement plus amples : depuis la place de la famille à l'intégration économique en passant par l'urbanisme …
Dès lors, a fortiori, qui peut prétendre que l'expulsion de 600 Roms est de nature à résoudre la question de l'insécurité ? Là encore, ce volet ne résiste pas à l'examen. L'insécurité est un enjeu global qui met en cause l'organisation des forces de gendarmerie, celles des forces de police dans les zones urbaines, le nombre et les modalités de fonctionnement des polices municipales…
C'est la politique de la tasse de café. Le repas est terminé. Les convives balaient rapidement les sujets d'actualité et chacun expose dans la précipitation un enjeu, une solution aussitôt oubliés la tasse reposée tant ces appréciations à l'emporte pièce ne résisteraient pas à la réflexion sérieuse.
Voilà l'été 2010 : la politique de la tasse de café !
Aucun sujet sérieux n'est réglé une fois la tasse reposée.
L'économie américaine se prépare à un nouveau choc. L'immobilier a vu ses ventes de logements anciens chuter de – 27 % en juillet dès que l'aide exceptionnelle a pris fin ; preuve si besoin était que "l'économie naturelle" n'a pas redémarré.
Le pétrole chute à des niveaux records parce que les professionnels parient sur un ralentissement économique durable. Les prix à la pompe ne bougent pas puisque 80 % du prix alimente les caisses de l'Etat. Mais personne n'évoque ce volet qui touche le quotidien de tous les ménages.
La persistance de ce climat traduit une manipulation permanente de l'opinion avec l'instrumentalisation extrême de sujets. Le dernier en date : la lapidation de Sakineh. Chaque vie humaine est importante. Chaque vie humaine mérite d'être défendue avec détermination. Celle de cette jeune iranienne pas moins que les autres. Mais mérite-t-elle de devenir le "symbole national" quand des otages français croupissent dans leurs prisons, quand des militaires tombent en Afghanistan dans la quasi-indifférence générale, quand … ?
Ce décrochage entre les vrais enjeux et les sujets des débats est actuellement poussé à l'extrême. Pendant encore longtemps ?
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