Ce week-end, à 7 jours du vote, marque le début de la « campagne contradictoire active ». La bataille de l’affichage a sérieusement débuté. La candidate PS a effectué une offensive significative dans l’urbain. Elle diffuse ses premiers documents de campagne. Il en est de même pour les candidats du Front de Gauche qui diffusent un document couleur format journal.
La « véritable campagne contradictoire » semble débuter « pour de bon ».
Qu’ en retenir à ce jour ?
1) La candidate PS se présente comme l’héritière directe du député sortant multipliant les photos de ce dernier. Est-ce possible en période électorale officielle compte tenu de la stricte obligation de neutralité liée à ses nouvelles fonctions très strictes en l’espèce ? C’est un point de droit électoral qui mériterait un débat sérieux. La publication d’une photo suppose l’accord de l’intéressé dans le cadre du droit à l’image. Un tel accord, supposé acquis pour publication, emporte-t-il violation de l’obligation de neutralité ? Les photos en question peuvent-elles être considérées comme « tombées dans le domaine public » par référence à un historique lié à des fonctions publiques passées pouvant être assumées par le ticket ? C’est un point de droit digne de réflexion.
2) Tous les tirs des candidats sont concentrés sur l’UMPisation du ticket initialement présenté comme « sans étiquette ». Le démarrage accéléré de ce ticket face au démarrage tardif des opposants a-t-il donné un pouvoir d’évocation solide ou cette référence sera-t-elle emportée par les tentatives de « révélations » des candidats de gauche ?
3) Ce qui manque, c’est une phase de « symboles forts » permettant de « changer sérieusement la donne ». Le ticket « challenger » n’a pas encore identifié sa valeur ajoutée de nature à changer des situations dans ce territoire. C’est une donnée qui est d’ailleurs assez caractéristique de la vie politique française dans son ensemble. Elle manque de symboles qui font « bouger les lignes » selon la formule désormais consacrée.
La comparaison avec la politique américaine est édifiante. En 15 jours, Obama vient de changer totalement la donne. Il redevient le « défenseur des faibles » face aux puissants. La réforme de Wall Street le place en défenseur de la morale face au cynisme bancaire qui casse des vies en toute impunité et en violation de la moindre morale. La commission d’enquête sur la marée noire va produire le même impact en montrant que le parti démocrate n’est pas l’otage des grandes puissances du pétrole. Au même moment, le parti républicain implose avec des victoires de partisans du Mouvement Tea Party qui provoquent un choc entre les radicaux et les modérés du parti républicain. A six mois des élections de novembre 2010, les lignes ont considérablement bougé en 3 semaines.
A l’opposé, le jeu politique français parait figé, bloqué. Le PS appelle à la « tradition électorale » quand elle est supposée le servir dans un réflexe de conservatisme primaire : le « parti qui se revendique du progrès » demande tout simplement de faire comme « hier » : ne pas changer. La droite, toujours un peu culpabilisée en France (en dehors de la présidentielle 2007 où elle avait brisé le tabou), cherche à « passer en douceur ». Tout est revenu sur des bases traditionnelles.
La dernière semaine connaîtra-t-elle des initiatives fortes, symboliques de nature à changer la dimension du vote ?
Si cette période clef en est privée, c’est peut-être surtout la reconnaissance que la présidentialisation du pouvoir est telle que des initiatives de ce type ne seraient pas crédibles comme porteuses de conséquences concrètes ?
Sous cet angle, les excès de la Vème République entraînent une redoutable paupérisation de la vie politique qu’il faudrait corriger de façon urgente et prioritaire.
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