Depuis l'automne 2009, aucune démocratie occidentale n'échappe à la sanction du pouvoir sortant. Aux Etats-Unis, le Mouvement Tea Party bouscule les habitudes et le Parti Républicain s'est refait une santé en Virginie, à Boston dans la circonscription de Ted Kennedy … Cette semaine, l'Allemagne et la Grande Bretagne voient leurs pouvoirs sortants sanctionnés. La crise est passée par là. L'opinion a besoin de sanction et elle utilise les votes pour montrer son mécontentement.
C'est une situation classique.
Face à la crise, les pouvoirs sortants ont souvent une double attitude. D'une part, ils paraissent auteurs de cette situation. Mais surtout d'autre part, ils paraissent paralysés, incapables de remises en question fondamentales. Le seul qui, pour l'instant, échappe à ce constat est Barack Obama qui parvient à surfer sur les mécontentements pour les endiguer et non pas les affronter. Mais surtout, il a déjà pris le cap de la reprise donc de la sortie de crise. C'est ce calendrier de sortie de crise qui sera ou pas son salut.
Dans ce contexte, la législative partielle de l'Isère est intéressante sur la méthode.
Le PS est peu mobilisé comme si l'élection était une formalité dans ce contexte national. Le "ticket UMP" a fait un choix qui mérite l'attention. Il se dépolitise totalement pour se présenter en "sans étiquette". C'est un pari intéressant à suivre sur le plan de la méthode.
D'ordinaire, l'abandon d'une étiquette politique est liée à trois facteurs :
– la forte notoriété du nom qui devient la marque à la place de toute référence à un parti. C'est donc techniquement possible lors d'une municipale où la proximité assure la notoriété ou pour un sortant qui a manifestement acquis une forte notoriété spontanée grâce au poids des ans,
– la présentation d'un programme très détaillé qui vaut contrat à la place de la référence à l'étiquette,
– la présentation de choix forts ayant valeur "référendaire" de nature à bousculer les ancrages partisans classiques.
Là, aucun de ces critères techniques n'existe. Ce choix traduit donc le constat que l'étiquette politique serait un boulet créant un handicap insurmontable.
Dans cette hypothèse, la crise devient même la faucheuse des convictions ou du moins des apparences …
C'est un choix stratégique d'autant plus surprenant que l'autre hypothèse consistait à revendiquer son ancrage politique mais à vouloir incarner la contestation au sein même de cet ancrage politique : l'idée non pas de la relève sans étiquette mais du réveil de son propre parti en étant l'expression la plus fraîche de l'opinion populaire dans une circonscription où ce parti a été largement majoritaire lors de la présidentielle.
Il est très intéressant de suivre les prochaines semaines de cette partielle pour voir les conséquences de ces choix. Mais il est déjà certain qu'elle montre bien combien la crise impacte directement les comportements habituels. C'est dire combien, à un autre niveau, la présidentielle 2012 est en train de prendre un tout nouveau contenu compte tenu de ce contexte.
Laisser un commentaire