Denis Bonzy

Vers des records d’abstention …

Bertrand Delanoë a publié hier un article très intéressant sur la France "fatiguée" et la logique du "à quoi bon ?". Il faisait référence à une étape différente de l'ennui.

Cet état d'esprit trouve des racines dans une vie publique actuelle sans règle, sans repère, sans vérité fiable.

Prenons des exemples concrets :

– aujourd'hui, la presse quotidienne régionale fait état de l'indemnité d'un conseiller régional variant de 3 705 à 2 647 €. Mais "l'indemnité globale" comprend par ailleurs des remboursements de frais kilomètriques qui sont significativement plus élevés que le tarif fiscal légal.


Les fonctionnaires de la région connaissent les conseillers régionaux qui font davantage le déplacement pour émarger que pour … défendre un dossier. Pourquoi cacher le fait que l'indemnité n'est qu'une partie du montant des sommes perçues par un conseiller régional ?

– pour s'en tenir à l'actualité toujours, la presse a beaucoup commenté l'inamovibilité de Didier Migaud jusqu'à 68 ans à la tête de la Cour des Comptes. Là encore, observation seulement pour partie juste car cet âge est majoré d'un an par enfant. Didier Migaud ayant trois enfants, il est donc inamovible jusqu'à l'âge de … 71 ans. C'est ce volet qui explique l'actuelle grogne de membres de la Cour des Comptes qui savent qu'il faut attendre … 13 ans pour que le poste n°1 redevienne disponible.

– la date de l'élection pour la législative partielle demeure toujours inconnue. Pourquoi alors que l'article L 178 du code électoral prévoit-il un délai maximum de 3 mois après la démission ?

– avant-hier, une ministre indique qu'une jeune habitante du Maroc ne peut revenir en France en application des règles. Mais le soir même, le Président décide de … s'émanciper des règles et annonce son retour dans les plus brefs délais.

– la dette publique inquiète. Mais aucun chiffre fiable n'est disponible. La France suivrait-elle les traces de la Grèce qui avait eu recours à une banque US pour nicher des dettes dans des lignes échappant aux normes européennes ?

La liste de cette vie publique sans régle ni vérité fiable est quotidienne. D'où le sentiment du "à quoi bon ?".

La question n'affecte par seulement la participation citoyenne. Elle affecte aussi l'engagement.

Il y a seulement 12 % des candidats aux régionales 2010 qui sont âgés de 18 à 24 ans. Ce chiffre déjà très faible devient marginal s'il est appliqué aux premières places éligibles. Les régionales 2010 battent les records des candidatures de retraités. Les régions, collectivités d'avenir supposées être le creuset des innovations, seront gérées par des papies et des mamies. La radioscopie IFOP sur les candidats 2010 est implacable de décalages irréels.

C'est facile de tenter de culpabiliser les citoyens qui se réfugient dans l'abstention mais encore faut-il chercher à savoir pourquoi ?

Si le vote était obligatoire et le vote blanc reconnu, la crise supposée citoyenne prendrait un tout autre visage. Elle deviendrait celle d'un système de pouvoir qui est manifestement à bout de souffle au point de ne même plus recueillir l'attention des citoyens.

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