Le Québec engage une étude sur "l'avenir de l'information et des médias au Québec dans le contexte de crise actuelle". Le cahier des charges pose toutes les bonnes questions : aides financières, critères, montants …
La presse française est souvent donnée en exemple comme un secteur particulièrement sinistré en dépit d'aides financières étatiques considérables. Depuis le début 2009, 2 300 journalistes Français auraient perdu leur emploi.
Partout la même question est posée : comment aider la presse classique qui est à la base de la pyramide de l'information ?
Il faut aussi reconnaître que cette presse classique a sa part directe de responsabilité.
En 1992, Carl Bernstein, célèbre journaliste qui contribua à faire éclater le Watergate avec Bob Woodward, avait effectué un point public dénonçant la détérioration du professionnalisme et de l'éthique des journalistes Américains.
Il s'élevait notamment contre "la vénération des célébrités, la transformation des rumeurs en nouvelles, le sensationnalisme qui est un moyen d'occulter la réalité sociale". Et d'ajouter "nous créons une culture d'idiot. Le bizarre et le vulgaire deviennent nos normes culturelles".
Depuis 1992, la situation s'est terriblement aggravée.
Fondamentalement, qu'est ce qui est reproché aux médias Américains ?
Tout d'abord, la confusion des styles entre la presse à scandales et le vrai journalisme s'est renforcée.
Ensuite, cette confusion repose sur des indignations sélectives qui peuvent brutalement s'abattre sur un responsable politique et ignorer un autre que chacun sait pourtant frappé des mêmes "caractéristiques".
Enfin, les journalistes "importants" monopolisent la parole pour échanger des propos convenus sur les sujets du moment.
Ces travers ont créé un establishment médiatique qui multiplie les émissions superficielles, spectaculaires ou vulgaires coupées des réalités de la vie quotidienne. En effet, les mouvements internes frappent ce milieu comme si les postes étaient interchangeables : politiques, journalistes, publicitaires.
Bernstein avait posé à cette époque la question de fond : doit-on être généreux pour ceux qu'on côtoie ou rigoureux pour ceux qu'on informe ?
Et il expliquait que son enquête avait été possible parce qu'elle avait été conduite "loin du monde enchanteur des riches, des célèbres et des puissants".
La déroute de l'information n'est pas seulement le fait de la concurrence de nouveaux supports. Elle résulte aussi de pratiques qui ont dangereusement désacralisé ce métier qui est l'un des socles des régimes démocratiques.
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