Denis Bonzy

26/09/08 : Ici et là-bas …

Ce soir se déroule en principe le 1er débat contradictoire pour la présidentielle Américaine 2008. C’est l’occasion pour faire certaines comparaisons.

Depuis 1984, j’observe avec attention la vie politique Américaine. A cette date, grâce à une proposition de l’Ambassade des USA en France, j’ai participé à l’équipe de campagne de John Kerry à Boston. Ayant tissé des liens amicaux avec son directeur de campagne, j’ai suivi avec attention les campagnes ultérieures. En 2006, un magazine national (la Revue Stratégie Médias) organisant des conférences sur la communication m’avait demandé d’intervenir pour présenter les différences entre les campagnes là-bas et les nôtres.

Les différences sont nombreuses et considérables. Mais il y en a trois qui me paraissent essentielles.

Tout d’abord, la sélection par des primaires. Gardons l’exemple de Boston. Dernièrement un Sénateur sortant comme John Kerry, ancien candidat à la Présidence en 2004, a dû tenir un débat contre Ed O’Reilly qui était en compétition avec lui au sein même du Parti Démocrate pour la sénatoriale de novembre 2008. Il n’était pas concevable d’organiser le choix sans débat. Le sortant accepte et n’est pas dans l’état d’esprit de se "prêter" à une procédure au-dessus de laquelle il serait. Mais surtout, la primaire repose sur une participation telle que le scrutin signifie un vrai choix. En France, on a retenu le principe des primaires mais le choix est biaisé par l’absence de vraie compétition car le "collège électoral" est composé du cousin, du copain, du voisin, du frère, de la soeur, de la mère … Il suffit de voir les actuelles tractations dans notre canton des rabatteurs pour un candidat à la Présidence Départementale de l’UMP 38 pour voir qu"une primaire dans ces conditions est clownesque.

Ensuite, seconde différence, une fois la compétition menée à son terme, la solidarité prévaut. Là encore, la différence avec la France est considérable. Ici, quand le résultat ne convient pas, le perdant remet en cause les règles, les conditions … et chacun trouve cette attitude quasi "naturelle".

Enfin, par divers mécanismes dont la règle de non-cumul comme celle de la limitation du nombre de mandats dans la durée, la professionnalisation du "corps politique" est inconcevable à l’exception des mandats de Sénateur ou de membre de la Chambre des Représentants qui sont des pleins temps. Cette non-professionnalisation assure une liaison avec la vie de tous les jours qui est une indiscutable richesse. Mais surtout, elle garantit l’indépendance donc la liberté des votes.

Traditionnelle donneuse de leçons, la France a une vie publique qui est malade de méthodes inspirées d’autres pays mais qui adaptées au tempérament et aux caractéristiques du territoire Français sont dévoyées et produisent de mauvaises conséquences. Mais surtout, c’est un pays qui ne traite rien en profondeur. Le statut de l’élu, la fusion des Communes, la disparition des Départements … depuis le rapport Guichard de 1976 ou le "Mal Français" d’Alain Peyrefitte à la même date : rien n’a changé : ni le diagnostic et donc encore moins l’impuissance à apporter des solutions.

Personne ne veut se déclarer conservateur mais tout le monde l’est dans des conditions caricaturales.

Denis Bonzy

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